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D’où vient l’éducation démocratique
Ce n’est ni une mode ni une invention française. C’est une lignée d’écoles qui commence en 1921 et qui n’a jamais cessé d’exister depuis.
1921 — Summerhill, ou l’enfant qui vote
A. S. Neill fonde Summerhill au Royaume-Uni en 1921. L’école est célèbre pour deux partis pris qui, un siècle plus tard, restent les marqueurs du mouvement : les cours y sont facultatifs, et l’assemblée générale de l’école — élèves et adultes confondus, une voix chacun — y fait le règlement.
Neill n’a pas théorisé une méthode d’enseignement. Il a formulé une hypothèse sur l’enfance : qu’un enfant à qui l’on fait confiance apprend ce dont il a besoin, et que la contrainte produit surtout de la résistance. Summerhill existe toujours, et a survécu à plusieurs tentatives de fermeture par l’inspection britannique.
1968 — Sudbury Valley, le modèle dont héritent les écoles françaises
La Sudbury Valley School ouvre en 1968 à Framingham, dans le Massachusetts, fondée par un collectif où figurent notamment Daniel Greenberg, Hanna Greenberg, Joan Rubin et Mimsy Sadofsky. Elle radicalise l’intuition de Summerhill et en tire une organisation complète : pas de programme du tout, pas de classe d’âge, une assemblée souveraine qui vote le budget et le règlement, et un conseil de justice où les élèves instruisent eux-mêmes les manquements au règlement.
C’est ce modèle-là, davantage que Summerhill, que reprennent la plupart des écoles démocratiques contemporaines, y compris en France. L’École Démocratique de Paris s’en réclame explicitement.
1993 et 2008 — le mouvement se relie
Jusqu’aux années 1990, ces écoles existent en ordre dispersé, chacune convaincue d’être une exception locale. La première conférence internationale de l’éducation démocratique — l’IDEC — se tient en 1993 à l’école démocratique de Hadera, en Israël, et devient annuelle. Elle révèle l’existence d’un mouvement là où chacun croyait à une expérience isolée.
En Europe, la structuration vient plus tard : l’European Democratic Education Community naît lors d’une rencontre tenue à Leipzig, en Allemagne, du 25 juillet au 3 août 2008. EUDEC fédère depuis les écoles et les personnes qui pratiquent cette approche sur le continent, et organise une conférence européenne annuelle.
2014 — l’arrivée en France
La France est venue tard à ce mouvement, et vite. La première école démocratique française ouvre à Dijon en 2014. En deux ans, plusieurs dizaines de projets se déclarent — sans tête de réseau, sans franchise, sans financement commun : chaque école est une structure autonome qui écrit son propre règlement et trouve son propre local.
EUDEC France est créée en mai 2016 pour relier ces initiatives ; elle en tient le recensement. L’École Démocratique de Paris est fondée le 7 juillet 2016. Les Ami·e·s des Écoles Démocratiques naissent trois ans plus tard, en mai 2019, du constat que ces écoles, laissées à elles-mêmes, ne tiendraient pas — ni financièrement, ni institutionnellement.
Ce que cette histoire dit du présent
Un siècle d’existence n’a jamais transformé ces écoles en institution. Elles restent minoritaires, fragiles, dépendantes des familles qui les financent, et régulièrement soupçonnées de ne pas instruire. C’est cette fragilité-là, et non la pédagogie, qui occupe notre association : une école qui ferme faute de trésorerie n’a rien démontré, et une approche que personne ne connaît ne laisse aucun choix aux familles.